mercredi 24 octobre 2012

Vos victoires sont nos défaites (et vice versa)

Bonjour à tous,

Comme vous sans doute, je me demande si ce blog a toujours un sens. Je me demande aussi quelles sont les chances de voir un jour aboutir les recommandations qui figurent dans notre rapport ? L'énergie qui a prévalu à son élaboration et à sa rédaction semble bien loin tant la situation s'est dégradée depuis (c'était donc possible) et les perspectives se sont obscurcies. Chacun a déjà tellement à faire pour garder la tête hors de l'eau qu'il apparaît de plus en plus incertain d'aboutir à une action collective d'envergure.

Hamtpon Hawes
Ce n'est pas faute d'essayer. Nous avons continué de nous voir avec le groupe de travail, et de pousser les projets que nous avions privilégiés. En premier lieu, le programme DEJA (pour Développement et Émergence dans le JAzz) qui est un peu inspiré de son grand frère pour le rock et la pop, le FAIR. Il s'agît d'un accompagnement de groupes et/ou d'artistes en développement sur deux ans par des parrains plus expérimentés issus du monde du jazz (musiciens, producteurs, programmateurs, structures, journalistes, etc.). Il nous faut désormais le soutien de la puissance publique pour que ce programme se concrétise.

La lettre que nous avions adressée à la ministre Aurélie Filippetti est restée quasiment sans réponse (juste un communiqué lacunaire de sa chef de cabinet, Marie Aubert, qui prend acte de notre travail, sans aller plus loin), et nous sentons bien qu'il va falloir batailler ferme pour obtenir un entretien avec la ministre. À cette fin, nous avons convenu que la prochaine étape était de rencontrer monsieur Michel Orier, le nouveau directeur de la DGCA (Direction Générale de la Création Artistique, administration directement dépendante du ministère de la culture) avec laquelle nous avons travaillé depuis le début et qui doit réaffirmer son soutien à notre démarche collective et à nos projets. Une lettre à son intention part cette semaine.

Il est évident que les circonstances ne nous sont pas favorables dans un contexte toujours plus tendu à tous les niveaux. Mais c'est précisément pour cela il me semble qu'il ne faut pas baisser les bras et continuer notre lobbying pour défendre le jazz dans toute sa diversité. Quand je vois le spectacle désolant des Victoires du Jazz dont tout le monde s'accorde à dire qu'il fut d'une grande qualité cette année alors que je n'y vois qu'une parodie, un sex-change qu'on impose à un genre pourtant si riche (il y aurait tant à dire sur ce qui est présenté sous le vocable Jazz, et ce qui ne l'est plus dans les médias de masse) pour lui faire adopter les formats de la télé et l'autoriser ainsi à atteindre le "grand plublic"... Si ce sont les jeunes qu'on veut séduire avec ça, c'est encore raté car ils ont depuis longtemps déserté les vulgarités de la télé pour les libertés d'internet (qui permet de présenter tous les formats sans contrainte et ainsi préserver l'esprit et l'intégrité de cette musique)... Mais chut, pas de polémique surtout, c'est très mal vu.

Puisque j'évoque internet, je vous invite à visionner le dernier film/témoignage que j'ai réalisé avec le jeune guitariste Paul Jarret. Il illustre parfaitement les difficultés que rencontrent les jeunes musiciens aujourd'hui pour exister et vivre de leur musique, et les raisons pour lesquelles il est impératif de se battre... et d'espérer.