mercredi 29 mai 2013

Tristesse.

Que dire du grand pianiste Mulgrew Miller qui n'a pas été écrit depuis 24 heures sur FaceBook, sinon ma profonde tristesse qui me surprend moi-même ? Le son, pour commencer. Le swing et le time aussi, évidemment. Le phrasé d'une grande élégance et inventivité, sans jamais céder aux facilités qu'on entend ailleurs, mais toujours l'expression d'un chant intérieur sur et noble. La culture, et l'expérience encore, acquises aux côtés des plus grands pendant des années. Et enfin la grande humilité et disponibilité face à l'immense héritage qu'il faut honorer tout en cultivant une voix singulière. C'est ce qui fait tout le défi de cette musique, et qui explique pourquoi il y a si peu d'élu qui atteignent cette stature.
Ce sont également autant de qualités qui font défaut aujourd'hui chez la plupart des musiciens qu'on encense par chez nous, et qui sont pourtant les qualités nécessaires pour poser quelque chose d'un tant soit peu intéressant, après tout ce qui a déjà était dit et joué... Peut-être ma tristesse est-elle due aussi à ce décalage qu'il y a toujours entre les maîtres de cette musique - nous, les musiciens, les connaissons - et tout le ramdam que l'on fait autour de figures qui n'ont pas le début du commencement de cette épaisseur.
Mulgrew Miller s'en va et nous laisse orphelin, mais il part bien trop tôt. Pas comme Hank Jones (dont il était l'héritier naturel) et qui nous a quitté récemment à l'âge de 92 ans après plus de soixante dix ans de carrière. Mulgrew Miller avait encore tant de concerts à donner, de disques à enregistrer et des choses magnifiques à jouer et à partager...

Maintenant vient l'heure des louanges et des hommages, mais pardonnez-moi de rappeler ici qu'il n'a jamais réussi à faire tourner en France son quintet Wingspan.

Grande tristesse ce matin.

dimanche 12 mai 2013

Des nouvelles (qui n'en sont pas)

C'est la lecture du très bon billet de Franck Bergerot sur le site de Jazz Magasine qui m'a donné l'impulsion de revenir ici ce matin, et aussi parce que cela fait un moment que je n'ai plus rien posté, faute d'actualités en rapport à ce blog.

Car que dire de l'exercice de l'État depuis un an, sinon notre consternation ? Quelle tristesse que ce ministère de la Culture qui illustre par son silence l'impuissance de l'état face aux grands défis qu'il est censé relever.

J'apprends ces jours-ci que notre ministre Aurélie Philippetti serait intervenue dans le processus de désignation du prochain directeur de l'Orchestre National de Jazz (ONJ) pour déplorer l’absence de candidature féminine. Vite, il a fallu trouver quelqu'un(e) et ce fut Airelle Besson qui n'a aucune expérience de direction de grand orchestre (je ne demande qu'à me tromper), nonobstant ses qualités musicales incontestables. Voilà résumé ici l'action du ministre de la culture en faveur du jazz depuis un an, alors qu'au moment où elle prenait ses fonctions, un rapport tout chaud sur l'état de ce secteur en France attendait Aurélie Filippetti sur son bureau, fruit de longues heures de travail et de consultations avec plus de 80 intervenants. Heures qui je rappelle ici furent totalement bénévoles et strictement mises au service de l'intérêt général. Rapport dont le principal tort sans doute aura été de porter le nom de son prédécesseur et non le sien.

En conséquence, elle ne l'aura pas lu, et il faut avoir le courage de reconnaître aujourd'hui que c'est un rapport pour rien, un de plus. Voila ici résumé tout le désastre des politiques culturelles. Quant tout un secteur se mobilise pour avancer des propositions concrètes afin de répondre à une crise sans précédent, la seule réaction qui vient d'en haut, c'est il faut une femme candidate à la direction de l'ONJ. Ce serait amusant de ridicule si ce n'était désolant de gravité dans un contexte si inquiétant.

Évoquons maintenant l'ONJ, cet espèce de paquebot France qui croise en mers lointaines - de l'ensemble de notre communauté, quand ce n'est pas carrément de nos contrées - pour porter haut les couleurs de notre pays, et qui pompe à lui seul une part énorme du budget de l'état pour le Jazz : une structure administrative lourde - et donc qui coûte cher - qui œuvre à faire tourner une quinzaine de musiciens. Pendant longtemps j'étais de ceux qui pensaient qu'il fallait mettre un terme à cette gabegie, et qu'il fallait plutôt utiliser cette ligne de crédit dans un souci d'en faire profiter le plus grand nombre. Jusqu'au jour où j'ai compris que ce budget ne serait pas alloué ailleurs si l'ONJ devait s'arrêter.

Car ce qui compte ici, c'est l'affichage, le prestige, cette vieille idée de la culture au plus haut niveau de l'État qui se moque des artistes, et leur préfère les œuvres, la création. Ce souci d'intervenir pour imposer une candidature de femme ne procède pas autrement. C'est une politique de la vitrine, et les musiciennes ne doivent pas être dupes et devraient plutôt se sentir insultées d'être considérée uniquement pour leur sexe. Avec cet épisode, nous avons la preuve qu'il ne faut plus rien attendre de ce ministère (je rappelle que toutes nos demarches auprès du cabinet, comme de la DGCA sont restées lettres mortes depuis des mois), et que l'année que nous avons passée à travailler ensemble n'aura pas d'autre effet que le souvenir qu'elle nous a laissé... d'avoir travaillé ensemble.

C'est déjà ça.

Quant à moi, je renonce à participer à cette mascarade plus longtemps et retourne désormais à la musique. Ce blog restera le témoin de cette impuissance.

PS : Par un curieux hasard, il se trouve que Pierre Lescure a remis son rapport intitulé en toute modestie « Acte II de l’exception culturelle » aujourd'hui. Il est téléchargeable ICI en PDF.

En faisant un rapide scan, je n'y ai trouvé le mot jazz que 4 fois (sur 486 pages), soit parce qu'il s'agit du CNV (Centre National de la chanson, de la variété et du jazz), soit pour l'associer à d'autres musiques comme "les spectacles de variétés, et de la chanson".

CQFD.