samedi 1 juin 2013

L'exception culturelle.

Voilà, la nouvelle est tombée. Le nouveau directeur de l'ONJ (Orchestre National de Jazz, il faudra de plus en plus le préciser) est Olivier Benoit. Un gars sans doute plein de bonne volonté, et que je ne connaissais pas jusqu'à cette nomination. Pourtant, à lire son portrait sur le site de l'AJON, l'association qui gère l'ONJ depuis le début, cet homme a déjà un solide parcours de chef d'orchestre. Je me suis alors empressé d'aller écouter son travail sur Youtube.


Quelle ne fut pas ma consternation de constater encore une fois le même désastre à l’œuvre : Tous ces musiciens aidés par les institutions et qui n'ont absolument encore rapport charnel au Jazz et à son histoire. Je n'entends rien dans cette musique qui justifie qu'on l'affuble de ce nom. De la musique improvisée oui, peut-être, mais du jazz ? C'est tout simplement un insulte à tous ceux qui ont consacré leurs vies (ici en France, et ailleurs dans le monde, et en particulier aux États Unis où elle est chez elle) à cette musique qu'on appelle encore Jazz aujourd'hui, et pour certaines raisons qui échappent visiblement à ce Monsieur comme à nos chères institutions.

Mais on voit bien les raisons de ce fiasco. Car ce qui importe ici, ce n'est pas tant l'amour du jazz, que l'idée qu'on s'en fait en France, dans les salons de la République ; une musique qui doit faire art, qui ne se conçoit jamais autrement que dans une logique de création. Pour cela, elle doit absolument revêtir tous les atours de la modernité (du moins l'idée qu'on s'en fait quand on est sourd), forcément en décalage, en rupture, forcément dérangeante, et si possible même pénible. Ce qui importe c'est la vitrine que l'ONJ se doit d'assurer et sa mission de service public (on en frémit). Et peu importe finalement que les mêmes institutions aient toujours loupé le coche et qu'elles soient systématiquement passées à côté des grands modernistes passés et présents. 

L'état va donc continuer de soutenir cette chose à raison de 800 000 euros par an (le premier budget pour le jazz) pendant que tant de musiciens jeunes (fraîchement diplômés d'écoles que l'état a encouragées à se développer) et moins jeunes (qui continuent de porter haut la tradition de cette musique, et quand je dis tradition, je pense à cet équilibre si précieux entre connaissance du passé, du présent et désir d'aventure, c'est-à-dire exactement l'esprit qui a toujours fait le jazz, dans toute se diversité passée, présente et future à l'image de l'immense Mulgrew Miller tout juste disparu et auquel cette nomination ne rend pas hommage) vont se prendre le mur de la réalité ; toujours plus d'offre, toujours moins d'opportunités.

Quasiment plus de labels, chute des ventes de disques, des lieux de moins en moins ouverts, une presse exsangue, et un public qui ne sait plus de quoi on parle quand on dit jazz. Car si du côté du secteur public et des institutions le jazz est perçu de plus en plus à travers le dictat ostracisant de l’œuvre contemporaine, que dire du secteur privé qui poursuit une tendance toujours plus marquée - décomplexée je dirais même - à ne promouvoir plus que le jazz bling-bling et TV friendly. Le jazzy.

Entre ces deux pôles exclusifs qui n'ont de liens que le nom jazz (et son usurpation), nous continuerons de poursuivre nos chemins. Car même dans cet entre-deux aride, il sont plus beaux qu'aucun autre. Mais ne nous demandez plus de faire semblant. Nous ne faisons pas partie de la même famille. Nous avons joué le jeu, avons convié tous le monde autour de la table pendant un an, le secteur public comme le privé, avons remis un rapport plein de propositions qui aujourd'hui prend la poussière dans une armoire de la rue de Valois, et cette nomination finit d'éteindre tout à fait nos espoirs de voir les choses bouger. Il faudra pour cela un mouvement d'une autre nature, un mouvement qui reste à inventer.