samedi 7 décembre 2013

Madiba lives !

Je sens déjà qu'il est de bon ton entre ceux qui savent, qui se maintiennent toujours au dessus de la mêlée, de se démarquer de la multiplication des hommages à Mandela, sur Facebook ou ailleurs, voir de s'en moquer. On pourrait s'attarder sur l’hypocrisie de ceux qui hier le qualifiaient de terroriste et aujourd'hui se joignent opportunément aux louanges (certain n'ont jamais cessé de le considérer comme un terroriste, suivez mon regard vers l'extrême droite), mais ce ne sera pas notre choix.

Mandela va rester, au côté de Gandhi, la personnalité du XXème siècle la plus aimée, vénérée et célébrée partout dans le monde. Pourquoi ? Parce que, à l'instar de son frère indien, il a su transformer la souffrance infligée par un état ségrégationniste en espoir d'union et de paix, et il a évité la guerre civile. Comment ? En lançant un grand programme de réconciliation nationale. En remplissant les stades de sud-africains victimes du pouvoir Afrikaner, et en donnant la voix à ses geôliers et à ses bourreaux pour qu'il viennent faire acte de repentance. Nul besoin d'être croyant pour ressentir la portée d'un acte de cette envergure. C'est par ce chemin si exemplaire et courageux qu'il a pris une stature universelle, au delà des religions, des clivages, et des cultures.



Il l'a fait après 27 ans de captivité.



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Il vous à fallu descendre avec votre petite sourie 27 lignes ! Je mesure votre effort. C'est une ligne par année de captivité. 

Pas loin de 10 000 jours de privation de liberté, à casser des pierres dans la poussière, ou à croupir dans une cellule minuscule. 



27 ans.



Il faut parfois s'arrêter sur les mots, et les chiffres, car tous ne se valent pas. Moi je me fous de la mort d'un acteur de Fast and Furious, ou de savoir si Kanye West est en train de perdre du crédit dans le cœur des hipsters newyorkais. 

Avec la disparition de Mandela, j'ai peur qu'il faille attendre très longtemps pour qu'une telle figure émerge à nouveau. C'est toute une époque qui part avec lui. Celle des luttes des années 60, des mouvements d'indépendance à travers toute l'Afrique, des luttes sociales des minorités en occident, des femmes, des homos... Une époque d'engagement collectif avec un souffle d'espoir qui a animé toute une génération. Un moment de notre histoire récente où l'on s'engageait, non pas pour revendiquer qu'on maintienne la couleur dans les tatouages ou l'autorisation de la cigarette électronique dans les centres commerciaux, mais bien pour obtenir des libertés fondamentales et élever chacun à un rang d'égalité.

Tout ces combats étaient au service de l'intérêt général, pas particulier. Des utopies sans doute. J'en échange un gramme contre un tonne d'indifférence quand vous voulez. Je me sens orphelin de cette utopie. 

J'entends déjà ceux qui ne manqueront pas de noter que ces révolutions n'ont pas donné les fruits escomptés, mais c'est là le propre des révolutions ! Impossible cependant de nier que Mandela représente ce désir pur de justice et d'émancipation. Sans la soif du pouvoir ni la revanche. J'ai lu quelque part que le plaisir que donne le pardon, la vengeance ne le donne pas. 



Voir fleurir ces messages pleins de cynisme et de distance entendue face à ce mouvement commémoratif, c'est tellement loin de tout ce qui a fondé le combat et la vie de Nelson Mandela. C'est finalement le pire hommage qu'on puisse lui faire. Et le signe que nous avons définitivement changé d'époque. 

Madiba lives !

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Alors que nous tournions dans l'Afrique Australe avec Ralph Lavital et Nicolas Pelage en juin dernier, Nelson Mandela était admis à l'Hôpital, et tout le monde autour de nous attendait l'annonce imminente de sa mort. Au point que notre concert de Johannesburg fut annulé. J'ai écris cette chanson toute simple que nous avons appelée Madiba et que nous avons jouée au festival de Grahamstown et finalement, après moultes négociations, dans une salle de réunion de l'Institut Français à Johannesburg. Nous l'avons enregistrée à notre retour à Paris en Juillet dernier. C'est notre modeste hommage à un grand homme dont l'engagement, le parcours et le sourire vont continuer longtemps de nous inspirer. 


mercredi 4 décembre 2013

Bird lives !

En prolongement du précédent billet... Dans cette rare interview du génie par Paul Desmond, Charlie Parker explique que sa technique extraordinaire est le fruit de son travail, ni plus ni moins. Comme le cirage donne à une paire de chaussure son lustre, le travail donne au talent son éclat (la métaphore est de lui). Il confie que pendant plusieurs années, il a travaillé son instrument de 11 à 15 heures pas jour. Il parle de l'étude (schooling) qui est absolument nécessaire pour révéler le talent, en citant l'exemple d'Albert Einstein. Il évoque toute forme d'étude, mais Parker n'a jamais fait d'autre école de musique que celle des orchestres de Kansas City, des nombreuses jams sessions de la ville, et des relevés des maîtres sur disques. Cet apprentissage est toujours de mise aujourd'hui et continue de produire des musiciens essentiels. Pour en avoir parlé avec lui, je sais que c'est avec cette pratique que Mark Turner s'est forgé son identité.