vendredi 24 avril 2015

Mythes et légendes

“En tant qu’européen blanc, je suis toujours surpris quand les gens ont un problème avec le fait que le jazz soit décrit comme une musique noire américaine. Tu sais, [rire] qu’est-ce que ça pourrait bien être d’autre ? D’où vient cette musique alors ? Il y a clairement une confusion. Tous les grand héros sont des musiciens noirs américains.

Une part de moi réalise que ce n’est pas ma “langue natale” mais il y a quelque chose dans cette musique que j’aime. Je pense que je peux en être et proposer quelque chose, mais évidemment je vais m’exprimer avec un accent. L’appeler autrement ou bien dire “ouais, j’ai porté le jazz à un autre niveau”, ou “j’ai pris le jazz et l’ai dilué”, ce n’est pas bon. Encore une fois, le mot jazz n’a pas de sens. Dans beaucoup d’endroits, cela veut simplement dire qu’on improvise. Mais quand tu commences à nommer les choses, les gens veulent en revendiquer la paternité, ou alors ils ne veulent pas en être associés. C’est là que ça se complique.

La musique que j’associe au mot jazz, si tu veux y participer ou prendre part à la discussion, est attachée à une histoire. Il y a un langage. L’ignorer et dire “Oh ça ne m’intéresse pas, je veux juste faire mon truc”, tu ne vas que refaire ce qui a déjà été fait. Si tu as gommé tous les éléments qui ont fait cette musique à part l’improvisation, pourquoi tiens-tu à son appellation ? Ça peut rappeler cette manière dégueulasse qu’on les blancs de s’approprier ce qui ne leur appartient pas. Je peux facilement comprendre pourquoi cela peut offenser. Avec ce qu’on a vu récemment, surtout cette année, cela montre à quelle point ce truc est profond. On est pas loin des années 60. C’est toujours sous-jacent. Les gens disent “ah oui, c’est une société post-raciale”. Clairement pas. Je pense que la plupart des noirs américains ne disent pas ça. Seuls les blancs disent ça.

La musique que j’aime vient d’une culture spécifique, donc évidemment il y a beaucoup plus d’implications que ce dont je suis conscient. Comme j’aime cette musique et que je veux la référencer et la comprendre du mieux possible à travers ma propre musique, je ne peux séparer ces éléments. Mais au bout du compte, quand je pars jouer, je ne pense plus à tout ça. J’essaye juste de jouer et d’être sincère avec moi-même. Je ne me dis pas nécessairement “rendons hommage à Charlie Christian”. Apparemment [rires] je l’ai relevé et j’aime son jeu, mais quand il s'agit de jouer, c’est ce qui me passe par la tête ou ce qui fonctionne avec les gens avec lesquels je joue ce soir-là”.”

Lage Lund, guitariste.

Tiré d'une interview (en anglais) publiée sur le blog du club new-yorkais The Jazz Gallery.

samedi 18 avril 2015

Le printemps des casseurs

La grande casse du service public, la droite en a rêvé, la "gauche" l'a faite. Cette "gauche" qui nous rebat les oreilles depuis tant d'années avec la Création, l'exception culturelle française, et qui réduit - quand elle ne les coupe pas - toutes les lignes de crédits allouées à la culture.

Malgré une grève sans précédent qui semble n'avoir servi à rien, aujourd'hui ce sont toutes les chaines de Radio France qui voient leurs existences menacées, du moins dans leur formât actuel. Dans un article de Politis (n°1349) titré Haro sur le service public, Jean-Claude Renard rappelle que les dotations de l'état pour Radio France (complétant les ressources de la redevance) vont passer de 292 millions d'euros en 2012 à... 29 millions d'ici 2017. C'est tout simplement du jamais vu. 

Conséquence, chaque station est tenue de procéder à des économies drastiques et des arbitrages impossibles. C'est dans ce contexte extrêmement tendu que le bureau du jazz à Radio France - sauvé in extremis par une grande mobilisation et une pétition lancée en juillet dernier - va devoir se serrer la ceinture. Arnaud Merlin, qui a succédé à Xavier Prevost à sa direction, s'est vu proposer une réduction de 25% de son budget sur l'exercice 2015-16, alors même que les économies exigées par la direction de Radio France à la chaine de France Musique ne sont que (sic) de 5 à 10% comme l'explique Franck Bergerot sur le blog de Jazz Magazine.

On le voit, le jazz n'a plus du tout les faveurs des institutions. C'est même devenu un gros mot. L'heure est à la transversalité (on ne dit plus métissage). Pourquoi maintenir un bureau du jazz quand cette appellation n'a plus de sens ? Merci à tous les fossoyeurs qui ont finit par imposer l'idée que pour être valide dorénavant, le jazz doit faire sa mue et laisser tout ce qui a fondé son identité (le swing, l'interplay, l'harmonie, le vocabulaire, le son) au profit d'un ailleurs qui seul sera à même de garantir son renouveau.  

Et pourtant cette vision largement admise dans le monde du jazz en France (au point qu'oser la contester c'est se mettre de facto du côté des réactionnaires et des fachos) ne s'est jamais imposée ailleurs justement ; un groupe de Rock n'est jamais autant respecté que lorsque qu'il revendique une identité fortement enracinée dans l'histoire de cette esthétique, une filiation, des références et une fidélité aux maîtres passés, autant d'éléments sur lesquels il peut se hisser pour regarder vers demain.

Dans un autre article, Franck Bergerot évoque ces festivals de jazz où l’ouverture incarnée par le jazz signifie de plus en plus son exclusion. C'est dans ce contexte de grande menace qu'il est plus que jamais urgent de se mobiliser et de défendre nos musiques comme le font les femmes et les hommes de théâtre en France quand celui-ci est attaqué. Il en va de la survie d'une certaine idée de la musique.


mercredi 1 avril 2015

Jour d'anniversaire

Que le jour anniversaire de ce blog tombe un 1er avril est finalement assez logique. Après quatre ans d'activisme, force est de constater que tout le travail accompli n'a rien produit de concret. Avec le recul, il est même permis d'envisager cette aventure comme une grande farce. Non seulement notre rapport n'a jamais été pris en compte d'aucune façon par les deux cabinets qui ont succédé à son commanditaire rue de Valois, mais ce que nous dénoncions en 2011 n'a fait que s'aggraver depuis.

Ce blog reste ainsi le témoin de cet immobilisme que d'aucuns considèrent comme une spécificité française. Moi-même, je n'ai rien posté depuis trois mois, d'une part parce que j'étais bien occupé ailleurs, et sans doute un peu par lassitude. Je le regrette. Néanmoins, cet espace n'est pas mort et je promet à ceux qui ont encore la fidélité de le consulter de continuer à documenter la manière dont notre musique est traitée en France. Et ce n'est pas un poisson d'avril.

En attendant des jours meilleurs, consolons-nous à l'écoute du grand Alain Jean-Marie.