dimanche 6 décembre 2015

La Fabrique des Imposteurs

A travers cette conférence, organisée dans le cadre des conférences de l'Université permanente de l'Université de Nantes, Roland Gori revient sur les idées fortes de son dernier ouvrage "La Fabrique des imposteurs".

Il évoque notamment la logique d'audimat (27'20)

Ce qui compte c'est la quantité, ce qui compte c'est la réaction que vous produisez, ce qui compte c'est les effets que vous produisez (...) cette logique d'audimat, c'est le cheval de Troie d'une logique du marché dans des secteurs de l'existence sociale qui jusque là en étaient préservés. C'est-à-dire en gros, il s'agit de vendre (...) cette capacité de vendre les apparences, c'est le propre de l'imposture.


L'imposteur est aujourd'hui dans nos sociétés comme un poisson dans l'eau : faire prévaloir la forme sur le fond, valoriser les moyens plutôt que les fins, se fier à l'apparence et à la réputation plutôt qu'au travail et à la probité, préférer l'audience au mérite, opter pour le pragmatisme avantageux plutôt que pour le courage de la vérité, choisir l'opportunisme de l'opinion plutôt que tenir bon sur les valeurs, pratiquer l'art de l'illusion plutôt que s'émanciper par la pensée critique, s'abandonner aux fausses sécurités des procédures plutôt que se risquer à l'amour et à la création. Voilà le milieu où prospère l'imposture ! Notre société de la norme, même travestie sous un hédonisme de masse et fardée de publicité tapageuse, fabrique des imposteurs. L'imposteur est un authentique martyr de notre environnement social, maître de l'opinion, éponge vivante des valeurs de son temps, fétichiste des modes et des formes.
 
Professeur émérite de Psychopathologie clinique à l'Université d'Aix Marseille et Psychanalyste membre d'Espace analytique. Il a été avec Stefan Chedri l'initiateur de l'Appel des appels dont il est l'actuel président. Il a publié de nombreux ouvrages dont les plus récents sont La Fabrique des imposteurs (2013), La dignité de penser (2011) et De quoi la psychanalyse est-elle le nom ? (2010).